Interview de Jérôme Vallet

Auteur du logiciel Astroscope sur Amstrad CPC

Mise à jour du 22/03/2013


Contexte de l'interview

En janvier 2009, j'ai été contacté par M. Vallet grâce à ma page personnelle. Il voulait transférer sur PC un logiciel qu'il avait écrit en 1985 sur Amstrad CPC. Le programme en question, Astroscope, bien que commercialisé sous forme de cassettes par No Man's Land, n'était pas disponible sur Internet. M. Vallet n'ayant plus de CPC opérationnel pour faire le transfert, il m'a envoyé un enregistrement .WAV du contenu de la précieuse cassette. Il ne souhaitait pas confier l'original aux mains de Madame la Poste, on peut le comprendre...
Hélas, le fichier s'est avéré inexploitable, aucun outil n'arrivant à récupérer les blocs K7. Fin du premier acte...

En février 2013, en faisant du ménage sur mon ancien PC, je retombe sur le fameux fichier .WAV. J'ai eu alors l'idée de le charger dans Wavosaur puis de l'enregistrer en plusieurs exemplaires après avoir modifié le volume pas à pas. Miracle, il était possible de charger correctement dans l'émulateur CPCE le programme en jonglant avec ces fichiers. Aucun d'entre eux n'était parfait, mais ils contenaient des blocs K7 lisibles qui n'étaient pas toujours les mêmes. Au bout de deux heures d'efforts, j'avais récupéré l'intégralité du contenu de la cassette !

Tout heureux de ce sauvetage inespéré, j'ai recontacté M. Vallet pour lui annoncer la bonne nouvelle et lui demander par la même occasion des scans de la jaquette du programme et de sa notice (vous trouverez tout cela sur http://www.cpc-power.com ).
L'idée d'une interview a alors germé.


L'interview

Bonjour M. Vallet,

Je viens de terminer la préparation de mes questions. L'idée est d'avoir un éclairage sur l'aventure d'une personne ayant réussi à l'époque à faire éditer un de ses programmes (ce dont tout le monde tâtant des micros rêvait plus ou moins).


1) Etat civil succint et activité (ce n'est pas bien original, mais > bon :-) ).

J'ai 46 ans et demeure dans un village situé à quelques kilomètres de Dijon. Informaticien de formation, je viens de terminer une mission de deux années dans la maîtrise d'ouvrage dans un établissement bancaire, et suis actuellement développeur indépendant, me consacrant pour l'heure à l'exploitation de sites web personnels.


2) Quels ont été vos débuts en informatique ? (première machine, etc.. )

Je fais donc partie de cette génération qui a vu apparaître les ordinateurs personnels pendant mon adolescence. Un truc obscur mais qu'on sentait plein de promesses, même si je me rappelle très bien ne pas avoir su répondre à mon père la première fois où il m'a demandé 'un ordinateur ça sert à quoi au juste ?'... Cette première machine, ce fut un ZX81 de Sinclair. J'étais en seconde, et l'on avait déjà dans mon lycée eu quelques cours de programmation sommaire sur un Sharp PC1211. Je trouvais ça magique. Du coup, j'ai choisi de préparer un bac H (= bac 'Informatique' : une curiosité pas très courante mais dont il y avait par chance une classe dans mon lycée).

Je ne sais plus dans quel ordre, mais je sais avoir pas mal revendu pour racheter d'autres machines : j'ai pianoté sur du Sinclair Spectrum, du CPC 464 et 6128, et un MSX Yamaha doté d'une unité de synthèse et d'un clavier musical sur lequel je me suis bien amusé.
Au lycée puis en IUT, je ne me souviens plus ce qu'on utilisait : des mini Bull et des Micral je crois, rien de bien sexy en tout cas !


3) Comment vous est venue l'idée de programmer Astroscope ? (pourquoi un logiciel d'astrologie et pas un jeu ?)

J'ai eu une période assez ésotérique, qui a débuté avec les prophéties de Nostradamus en vogue à ce moment. Je me suis intéressé à l'astrologie, certainement pour des raisons existentielles quelconques :) !!
J'avais un ami avec qui j'allais chaque mercredi après-midi dans un club informatique improbable où trônaient, oh merveille, des Apple IIe (et même un Apple Lisa si ma mémoire est bonne). Cet ami s'intéressait lui à l'astronomie.

Je lui ai piqué un livre qui expliquait pas à pas comment programmer les calculs des positions planétaires, du soleil et de la lune (on oublie trop souvent que l'astrologie, c'est avant tout une base d'astronomie pour placer les astres dans les constellations...). Ca a été le début d'Astroscope, pour un besoin personnel d'abord, puis en me disant que peut être je pourrais le commercialiser. J'ai dû finaliser Astroscope courant 1985. Les interprétations des thèmes natals et des horoscopes sont une synthèse de plusieurs ouvrages d'astrologues.

L'idée de développer un jeu ne m'a jamais vraiment poursuivi, bien qu'ayant bricolé un simili space invaders en assembleur, mais ça me semblait insurmontable. Je crois que tout ce qui touchait de trop près à la programmation système (expression complètement obsolète !) m'a toujours fatigué :).


4) Comment avez-vous fait éditer ce programme ? (envoyé uniquement à No Man's Land ou à plusieurs éditeurs ?) et à quelles conditions (paiement forfaitaire, pourcentage sur les ventes ?).

Il me semble avoir d'abord contacté une ou deux grosses pointures de l'édition, qui ont refusé Astroscope : j'ai alors abandonné.

Et puis ensuite No Man's Land a diffusé dans la presse une publicité/appel aux concepteurs pour que ces derniers leur proposent des programmes : ce que j'ai alors fait. Je me rappelle pour le coup clairement le jour où j'ai ouvert la lettre qui contenait l'acceptation et le contrat d'édition : j'ai été le roi du monde quelques instants !!

Le contrat prévoyait en gros que l'éditeur s'occupait de tout, et que je toucherais 12% du prix de vente HT, soit environ 10 francs par vente. Il m'ont envoyé un peu plus tard la maquette de la jaquette pour accord, puis un exemplaire du produit fini. Ca a été la première déception, parce que je me suis aperçu que mon nom ne figurait nulle part, ni sur la notice d'utilisation, ni sur la cassette. Mon orgueil en a pris un coup :) ! Mais je n'ai pas osé leur réclamer...


5) A combien d'exemplaires le programme a été produit. Avez-vous eu des retours sur les ventes ?

Je ne sais pas à combien d'exemplaires Astroscope a été produit. Ce que je sais c'est qu'à la Fnac de Dijon, ils ne l'avaient pas en rayon : il fallait commander la référence ! Deuxième déception...
J'ai reçu plusieurs chèques à quelques semaines d'intervalle, et ça c'était la joie ! Mais les montants ont très vite décru :). Jusqu'au jour où j'ai reçu un coup de fil de No Man's Land m'expliquant que les ventes s'essoufflaient méchamment, et me proposant de me racheter tous les droits pour 500 francs, et qu'en gros c'était une bonne affaire pour moi parce qu'il ne fallait pas espérer grand chose d'autre :(

Astroscope a dû se vendre entre 400 et 500 exemplaires : je ne connais pas les volumes de vente des autres programmes à l'époque, mais je subodore que ça a dû être l'un des bides de l'édition sur CPC :) !! Il faut dire que ce n'était pas un programme grand public. Mais j'en garde quand même une certaine fierté malgré tout ! Et puis ça m'a fait du bien financièrement, étant alors étudiant.


6) Après Astroscope, avez-vous fait d'autres programmes sur Amstrad ou sur d'autres ordinateurs ?

Avec le recul, je ne sais pas pourquoi je n'ai pas adapté Astroscope à d'autres plateformes. Mais en 1986, je sortais d'IUT et je m'engageais dans la vie active : j'ai certainement eu d'autres chats à fouetter.
Malgré tout, je me souviens avoir été contacté quelques mois plus tard par un astrologue et chroniqueur relativement connu, qui m'avait demandé de lui développer un programme spécifique pour lui, ce que j'ai fait. Je n'ai pas conçu d'autres logiciels à des fins d'édition, mais j'en ai développé toute ma vie puisque j'en ai fait ma profession !

Aujourd'hui on peut dire que je suis mon propre éditeur puisque je conçois, mets en ligne et exploite des sites à mon propre profit (comme le guide Jeans & denim http://www.jeansdenim.fr ou le moteur de shopping Mode Shop http://www.mode-shop.fr : un peu de pub ne fait jamais de mal :) )


7) Le mot de la fin ?

Je ne suis pas certain que mon expérience soit très riche d'enseignements pour la communauté de passionnés de CPC ! En tout cas, je tiens à vous remercier pour avoir redonné un petit souffle de vie à Astroscope en réalisant une version pour émulateur. Un logiciel, c'est aussi un auteur, donc de l'affectif, et une petite tranche de vie qui va avec ! Cette interview m'aura permis un petit voyage nostalgique dans le temps !